paolo fresu

Paolo Fresu

Interview du trompettiste et saxhorniste de Jazz italien Paolo Fresu, à l’occasion de la sortie de son album « Jazzy Chrsitmas » le 18 décembre 2012.

Paolo, voilà qu’arrive ton premier CD dans l’esprit de Noël. Tu mènes vraiement mille projets à la fois ! Quel est le secret de ton infatigable soif artistique ?
« Je ne crois pas qu’il existe un secret, ni une véritable recette. Mon moteur à moi, c’est la passion. L’exigence indélébile de me réinventer perpétuellement. Cela implique d’ailleurs de réaliser parfois des choses apparemment difformes entre elles. Comme par exemple le Jazz italiaen pour l’Aquila. Ou encore l’application, dans mon étiquette discographique, avec laquelle je cherhce à lancer de nouveaux talents : la Tuk music. En 2016 verront le jour d’autres nouveaux projets, dont un avec Richard Galiano. Je fais beaucoup de choses différentes... Mais en y regardant bien, Elles sont toutes liées par un fil directeur, qui n’est d’ailleurs pas si fin et imperceptible. Faire de la musique n’est pas chose aisée. Surtout si tu n’y mets pas de passion. »

Peut-on définir ton parcours musical et créatif comme une rencontre continue ?
« Oui, la parole rencontre me plaît beaucoup. Elle rend très bien compte de ce qu’a été ma carrière pendant maintenant plus de trente ans. On ne construit pas un gratte-ciel tout seul… Et la musique, c’est comme une grande construction : Elle nécessite de bons matériaux, des architectes compétents, des maçons appliqués, et d’une combinaison parfaite entre pensée et manualité. Et puis la musique, c’est aussi un voyage qui te transporte aussi bien physiquement que mentalement. Le voyage est sans doute le plus puissant et écologique des carburants artistiques. »

Tu voyages sans cesse, tu es un citoyen et un artiste du monde. Existe-t-il un endroit vraiment spécial pour toi sur une carte, où tu te sens instinctivement chez-toi ?
« Je vais te répondre : Afrique. D’un point de vue émotif et culturel. C’est un continent que je sens très proche de moi. »

Durant ces quelques décennies tu as pu collaborer, aussi bien en enregistrement que sur scène, avec une sacrée poignée de monstres sacrés. Y’a-t-il d’autres grands musiciens avec lesquels tu aimerais collaborer ?
« Il y en a beaucoup. L’important, c’est de se laisser guider par le naturel des événements. Ne rien exiger à l’avance. Je ne pense jamais « Je veux jouer avec telle personne, ou telle autre ». Si je le faisais, je limiterais terriblement le spectre des possibilités qui s’offre à moi. Je forcerais le destin. Evidemment, j’adorerais jouer avec, que sais-je… Keith Jarrett : Mais ça n’a pas de sens de le déclarer en avance comme un mantra auto-réalisateur. Les rencontres qui ont constellé ma carrière ont tous été le fruit du hasard, et en cela, extraordinaires. Et dans tous les cas, je continuerai de jouer avec mes musiciens stables, avec lesquels je m’entends à merveille. »

A propos de trentième anniversaire, on a récemment fêté celui du celèbre film « Retour vers le futur ». Si tu pouvais toi-même voyager dans le temps, dans quel lieu et quelle époque irais-tu ? Et pour y rencontrer qui ?
« J’ai eu une enfance extraordinaire en Sardaigne : C’est là-bas que je me ferais emmener, dans la simplicité de ces années. Ou alors, j’aimerais être transporté dans la Paris de début 1900, en pleine Belle Epoque. C’est une ville fantastique, un terrain propice aux rencontres. Peintres, écrivains, musiciens entre autres discutaient inlassablement entre eux. Tout cela s’est aujourd’hui un peu perdu. Il reste peut-être New York où advient encore aujourd’hui ce type de contamination, cette envie d’expérimenter en s’unissant, en partageant. »

retour vers le futur

Mais aujourd’hui, il y a internet et les réseaux sociaux.
« … Qui sont tout à fait autre chose. J’utilise régulièrement internet, mais c’est une réalité inversée. Le web est un village global, qui n’annule pas la nécessité de se rencontrer, de vivre à l’intérieur d’affluents villages locaux. La toile n’est pas suffisante à combler les solitudes. »

Quel genre de musique écoute Paolo Fresu ?
« J’écoute de la musique de chaque genre, de chaque façon différente. Le summum du plaisir, je l’éprouve cependant quand je suis à la maison, avec mon système stéréo. Je n’aime pas les écouteurs. »

Aujourd’hui les disques sont quasiment tous super-produits, la technologie met son sceau sur chaque note : Selon toi, il s’agit d’une opportunité ou d’une dérive ?
« Une opportunité, je ne suis pas un luddite, je m’engage moi-même dans des projets technologiques. Le tout, c’est d’avoir les idées en amont, qui animent de façon créative tous ces logiciels. Sans idées, on ne va nulle part. On ne saurait pas par où commencer…Sur quel bouton appuyer. Il faut un usage intelligent et en connaissance de cause de la technologie. »

Quel est l’état de santé du Jazz italien ? En septembre, tu as lancé un appel au don pour l’Aquila [où un terrible tremblement de terre avait eu lieu] avec un concert. Ce fut un succès : 60 000 spectateurs venus de toute l’Italie.
« L’Aquila a mis tout le monde d’accord. Elle a montré comme le Jazz italien est varié et puissant. Elle a lancé un signal d’énorme vitalité. La foto de cette journée est ressourçante et pleine d’espoir pour l’avenir. On a beaucoup de musiciens qui peuvent potentiellement s’exporter. Le dialogue avec les institutions s’est lui aussi amélioré. »

Que signifie le mot « Jazz » aujourd’hui ?
« C’est justement l’Aquila qui l’a démontré. Ce n’est peut-être pas au niveau de la pop, mais le Jazz est bien plus populaire qu’on ne le pense. C’est un son plaisant, plastique, aux inexorables réincarnations. Le Jazz épouse toujours très bien tous les autres styles de musique. Y compris l’hip hop »